vendredi 27 mars 2020

Asocial Klub

En ce moment je ne suis pas très sociable, c'est pas que je le sois d'habitude , j'aime près, très près mais seulement quand je choisis qui quand. Passer du temps avec des cons qui t'expliquent le monde ça me donne toujours l'impression d'être captif et qu'on me prend pour un con justement, en fait non, ils se prennent juste pour quelqu'un. Et puis les trottoirs, les trottoirs! Comme on ne sait pas l'autre à Paris on ne ignore la droite , la gauche, les queues, il faut se faufiler tout le temps, s'imposer, heurter, toucher, qu'est ce qu'on se touche.

Bref, je ne suis pas très sociable en ce moment, je reste à la maison , je fais du rangement et du rangement dans le rangement, des trucs de dessin sinon la vie ne vaut rien, je rêve, j'écris des trucs sur des fruits avec une machine mais pas assez. Je partage aussi parce que je ne suis pas très sociable à deux.

Je sors parfois, à l'aube, suffit les gens. A l 'aube il n'y en a pas des gens, je fais le tour du pâté de maison en le regardant, le pâté et le ciel aussi. Regarde le ciel écrivait un gentil garçon roumain aux yeux clairs sur les murs de Paris, sans rien à vendre, juste à offrir, c'était classe. J'ai oublié son nom mais "regarde le ciel" c'est un très beau nom pour un souvenir.




Le pâté de maison n'a pas beaucoup changé, les rideaux de fer sont tous tirés parce que c'est le matin, c'est normal c'est le matin, le matin les rideaux de fer sont tirés. tout est normal, je marche le matin, j'aime marcher le matin, le soleil se lève, les oiseaux chantent juste très nettement et les voitures sont restées garées, c'est tous les jours dimanche mon frère.






 Il y a plein de trucs de poubelles parce qu'il est tôt, plein de gens ont dû venir poser des trucs de poubelles et des matelas la nuit, les coquins. Comme quand on a vidé le canal , c'était plein de trucs de poubelles et il y avait même des gens qui venaient en remettre pendant, quand c'était comme les tranchées de la guerre de 14, de la boue et des bouts de trucs attestant de la hauteur de notre civilisation: caddie, ordinateurs, vélibs. Pas le merveilleux, pas ce qu'on crée et qui fait vibrer les yeux et le coeur, juste des trucs de poubelles.





A l'aube il y a peu de gens, juste des silhouettes , elles sont furtives, rares, très rares et furtives. Comme moi ils ne sont pas d'humeur sociables alors on s'évite, d'un commun accord nous changeons systématiquement de trottoir, c'est comme ça. Il est trop tôt.

Je fais le tour avec des zig zags et en abandonnant du papier  qui me fait plaisir et dont j'ai l 'espoir mégalomaniaque qu'il fera sourire un improbable passant des jours d'après.Portes bonheur, les dessins voyageurs pour porter le mien et par divine surprise être adoptés par des sourires. Hier un type m'a hurlé dessus les arguments d'usage , qui viennent toujours de personnes pratiquant la rue: c'est moche! des impressions c'est trop facile! C'était chouette, je lui ai fait penser à autre chose.

Rapidement je rentre, jette mes gants qui font un petit tas dehors devant, laisse les vêtements dehors près et je suis dedans. Dedans c'est grand, je ne peux me plaindre de rien, il y a des disques, des livres, du papier, tellement à faire. c'est comme d'habitude dedans mais avec une loupe et plus de facilités. Faire de sa vie un enfer de renoncement, de regrets, questionnements ou voyager, faire, se faire, le pied léger. C'est comme d'habitude mais avec encore moins de possibilités de renoncer, c'est tellement plus grave dehors que dans son petit dedans et d'autres ont tellement peu le choix et tellement plus la nécessité.




Je rentre vite parce que les journées défilent, il y a tant à faire, j'ai déjà classé tous mes disques par ordre alphabétique en commençant par A mais précédé des chiffres, les 8°6 crew , pas les années zéro, années zéro c'est A comme VAn Vogt.

Parfois j'écoute des voix qui racontent ou expliquent le monde dehors. Il est un peu fermé mais pas complétement pour qu'on puisse manger et que les coursiers de deliveroo donnent l'impression à de petits bourgeois de coeur ou de compte d'être importants. 




Les voix du monde stressent un peu alors je les ai rationné et puis je crois qu'elles sont un peu skyzophrènes. Il y en a une qui dit "allez au théâtre " le jeudi, le vendredi elle ajoute " fermons les écoles!", le samedi "allez voter!", le dimanche " je me suis promené sur les bords de seine il y avait trop de monde qui se promenait sur les bords de seine" et puis maintenant "restez chez vous , allez travailler!". Il parait que les gens ne comprennent rien, font n'importe quoi, on laisse les gares ouvertes ils prennent des trains, par exemple, ils sont fous les gens, c'est simple non pourtant. Il faut écouter les voix mais juste au moment où elles parlent, oublier avant et se dire que si ca ne marche pas c'est la faute de quelqu'un. Saloperies de joggers, putain de voisin.





C'est la guerre aussi, comme pour le canal nettoyé c'est la guerre de 14, on la fait en uniformes si flamboyants que l'ennemi invisible peut nous dégommer: sans gants, sans masques. Les voix ont dit que de toute façon les masques ça sert à rien, on sait pas les mettre. Je fais tout de travers tout le temps, je casse les choses alors ça doit être vrai, on fait n'importe quoi.




Les salauds de pauvre ne veulent pas rester à 6 dans leur studio il parait, toujours à se plaindre, on découvre aussi qu'il y a des gens qui dorment dehors, des bidonvilles en Inde, que cuba envoie des médecins en Italie, les bolosonaristes pensent que le virus est communiste, le monde est épileptique, les tchèques volent des masques et si la maladie pousse chez les pauvres on sera malade. C'est fou dans le monde d'avant on savait pas que les pauvres ça pouvait faire tousser les riches, on savait pas.

Je préfère les voix qui parlent pour ne rien dire, elles racontent davantage. Je préfére ceux, celles qui exhibent leur corps ou de la poèsie, elles font plus pour nous que les profanateurs en charge, soudainement amoureux de l'hôpital , hier en grève...si longue . Agnès savait ,elle serait la tête de turque au sommet d'une longue chaine de surdité.



On voudrait tous qu'après ne soit pas comme avant. Peut être qu'on gardera des trucs, des séquelles ou des résolutions. Tous mes revenus sont envolés et mes dettes toujours là alors je sais que j'aurai des séquelles, un appartement je sais pas mais je serai vivant alors ça ira. Je suis calme quand ça pète alors peut être trouver un boulot où on s'occupe de quelqu'un ou faire l'accueil , le gentil gardien d'un hôpital de jour, ça me plairait bien. Servir et se libérer du démon  ( j'ai pas d')argent.






Peut être que j'irai plus dessiner dans les endroits où les personnes sont peu sociables pour un jour , un moment ou une vie, prisons, ehpad, écoles, hôpitaux.... Peut être que je deviendrai tatoueur pas sur fruits, peut être que j'irai dessiner des bonhommes à grosses têtes chez les gens. Je sais pas.POur l'instant je fais des trucs bizarres, j'économise chaque goutte de colle, je pense apprendre à en fabriquer avec de la farine ou je sais plus quoi, je conserve les chutes de papier pour écrire dessus, je veux plus qu'un con m'explique le monde ni porter de sens interdits devant mes envies.

Je serai très pauvre après et il faudra faire. Nous....est ce que ce sera comme avant après, est ce qu'on aura compris qu'on fonce dans le mur encombrés de nos urgences illusoires, est ce qu'on arrêtera de jouer à Pierre et le loup, feuille, ciseaux avec le monde entier?Est ce qu'on travaillera sans congés, sans salaires minimum parce que les voix penseront qu'il faut continuer? Es ce que ce sera encore pire?

On verra, c'est le meilleur des programmes et c'est le seul possible à vrai dire....










vendredi 9 janvier 2015

Hier, déjà si loin...Mort à la poésie....

Il y a un an et quelques brouettes rendez vous avec mon bel ami Richard, un des hommes les plus fins et bienveillants que j'ai croisé en mon demi siècle moins dix de vie.
Pour lui dire " bonjour et merci" je colle son   préfèré en format Xl , taille américaine, je me trompe d'adresse, on se retrouve plus tard que prévu.

Plus tard que prévu je colle le grand truc et un monsieur habillé comme tout le monde vient discuter le pourquoi du comment du collage, la question de l'autorisation de madame la mairie tout ça. Ensuite il sort une carte tricolore, m'explique qui il est. Monsieur son responsable me téléphone , me dit bien me connaitre , qu'il me faut enlever ça sous peine de payer 6000 euros ou quelque chose de gros comme ça. Il précise que si il me revoit sur murs ce sera tant par affiche.

                                                               Photo Richard beban

Arrachage, "panik, horreur, anarchie" ( métal urbain) , abattement et puis on se calme, on colle le lendemain et on réalise que c'est du bluff, juste un jeu pas méchant entre une institution qui dit la loi et de petits garçons qui pose du papier plutôt très bien toléré.

Mercredi je m'y recolle, ma petite soeur aussi elle l'aime ce dessin alors je lui redonne vie sur un grand beau mur libre. Je repense aussi à ce mec qui dégrade mes affiches systématiquement. Je m dis que c'est absurde, il écrit "la honte" sur mes visages en ce moment. Je me dis que la honte c'est autre chose, que la haine devrait aller à la haine, qu'on devrait la réserver à de l'importance mais on s'en fout. 

La plupart du temps quand quelqu'un nous insulte il ne fait qu'exprimer son dégout pour sa propre vie, il nous prend juste pour un sac de sable, nous insulte comme il prendrait un générique mais on s'en fout, bisou, bisou.

C'est une belle matinée, c'est une belle journée et le soir j'irai rigoler devant le spectacle d'un géant charismatique qui parlera de l'encre sur son corps mais ça ...c'était hier matin, c'était il y a  mille ans. C'était avant.

                                                              Photo Sylvain Borsatti

La journée en triple je la passe vidé comme tous les autres, je la passe secoué comme tous les autres avec les tripes qui puent, les yeux qui mouillent, l'énergie en lamelles qu'on peine à assembler.

Je scotche double face devant la télévision voix unique, au début l'on parlera " de unes provocatrices qui ont permis d'écouler beaucoup de numéros" puis de "martyrs", les mêmes. De gentils messieurs dans la rue trouvent cela horrible, surtout pour " les deux innocents, les policiers ils n'y étaient pour rien eux". Je ne lis pas internet poubelle, l'avis des gens de la télé réalité aux forums c'est des inscriptions sur des murs de toilettes écrites à la merde. 

On dira qu'ils étaient islamophobes, néos coloniaux, je crois juste qu'ils sont morts, que leurs corps sont perforés, éclatés, en morceaux épars.



On dira que les musulmans doivent se positionner, qu'il faut supprimer la binationalité. On dira tellement mais je ne rebondis sur rien, jamais. Je ne débats jamais, on récite, on s'écoute parler. Je te dis pas que j'ai raison, je te dis que j'y crois peu après que mon interlocuteur ait plus de treize ans.

Tu le sais, l'humanité c'est le diable, ça doit être moins seul point commun avec les croyants, je crois au diable, au bien , au mal, dilués en nous et omniprésents. On s'haine pour tout, la moindre parcelle de pouvoir, de propriété sur l'autre, de rivalité.

On sait tous  tout ça, des portes ouvertes enfoncés en soufflant un peu fort sur une maison en paille et pourtant...Pourtant plus rien que la léthargie. je suis d'angoulême, cabu, wolinski c'est des figures de toujours. On a exécuté ces vieux messieurs. Tu l'aurais cru toi il y a vingt ou trente ans qu'on tuerait le type de Récré A2 et le priapique rond et qu'on les trouverait suspects de néo colonialisme?

Je ne discute pas, je n'irai répondre, répandre à aucun parti, aucun milieu , aucun concentré de réduit identitaire suffisant. Le monde est peuplé de loups, pas une raison pour vivre dans une bergerie. 




On fait quoi de ça? On meurt, on se mure, on hait, on vit, on baise?

J'arrive pas à me voir dessiner, coller, absurde, plus dérisoire encore que d'habitude. Je réfléchis à dessiner dessus, dessiner autrement peut être, représenter comment. Je réfléchis , j'imagine, je malaxe, je me jette dessus puisque sinon je ne me jette sur rien. La télévision , la place de la république au milieu des zombies , c'est chaud et froid. J'écoute Heimat los, je mange parce qu'il faut.

Je ne dessine pas l'horreur du monde, pas littéralement et en même temps je ne dessine que ça. Je ne dessine que la volonté d'y échapper, la violence des relations, des émotions, l'impact de la haine sur nos vies et les envolées qu'on s'offre pour aller par dessus. Finalement pas besoin de dessiner "ça", c'est déjà dans le paquet...Cadeau!

 J'en arrive là en bout de course. Je ne me voyais plus coller une clairière, j'en arrive à coller surtout une clairière, vite, fort, dans la désespérance joyeuse, vite.

En attendant je colle trois mots, sur un de mes personnages quelqu'un a écrit juif en rouge, sur le front. Parait que je suis juif" , ça me fait un point commun abec Booba, reste à visiter Miami.Pas en jaune, en rouge, il a respecté le code couleur, blanc, noir, rouge, vers, merci.

J'attends le jour, j'attends un écrin de lumière et j'irai me salir au bord de l'au tout à l'heure. Hier c'est déjà si loin , je ne collerai pas comme hier, je ne dessinerai plus comme hier...ou presque.

Dessiner des roses c'est peindre l'horreur du monde et la beauté des jours, comme hier...ou presque.